Le dernier seigneur de Thil , le comte d’Albis

Publié le Mis à jour le

 Le comte d’Albis

En 1783, désireux de renflouer ses finances, Louis Stanislas Xavier, comte de Provence et futur Louis XVIII, vendit une partie des droits qu’il détenait sur le comté de l’Isle jourdain, en l’occurrence la seigneurie de Thil et de Bretx.

  L’acheteur était un parlementaire de vieille noblesse de robe, Jean-François Denis d’Albis de Belvèze qui jouissait déjà à Thil d’une position prépondérante en raison de l’étendue de ses propriétés. Originaire de Saint Affrique en Aveyron, la famille s’est établie à Thil vers la fin du XVIIème siècle. Nous gardons trace d’un contrat établi en 1695 par Jean Barué, notaire royal à Thil, par lequel Jean Touret prenait des terres en location de  » noble Pierre Thomas d’Albis, écuyer « , la rente devant être payée  » à la maison dudit d’Albis « , à Thil .

Jean François Denis Dalbi de belvèze-Maison Laffont-Thil-Le Mouillas
Parlement de Toulouse

La maison « Laffont »

Cette maison  » à haute et bas étage, construite en briques, ditte le château de Laffont  » avait été rachetée à la veille famille thiloise des Laffont dont plusieurs membres furent capitouls ? Pierre Thomas d’Albis mourut à Thil ; son fils, Denis né en 1699, eut une brillante carrière parlementaire et finit sa vie à Thil en 1788 ; on l’appelait  » le Doyen  » en référence à sa longévité professionnelle. Son fils Jean François Denis, né en 1730, fut conseiller à la chambre Tournelle du parlement et membre de l’académie des Jeux Floraux en 1779.

Jean François Denis épousa en 1777, à un âge déjà avancé, l’héritière d’une grande famille bordelaise, Marie-Thérèse Lecomte de Latresne, qui lui donna quatre enfants, dont l’un mourut en bas âge. La famille habitait pendant les mois d’hiver, un hôtel de belle apparence particulier, rue Montgaillard à Toulouse démoli lors du percement de la rue Ozenne. L’été se passait à la campagne, où  » le Doyen  » veillez aux récoltes et à la perception des rentes. Il ressort de sa correspondance publiée en 1913 que leur vie témoignait d’une aisance honnête, mais sans plus, et que les soucis d’argent y tenaient une place importante. Jean François d’Albis fut un des quatre commissaires royaux, envoyés en 1784, dans les Cévennes par le roi, pour connaître des procès en retard et des abus de pouvoir commis par certains fonctionnaires. Il s’acquitta de cette tâche à son honneur ; La chanson des procureurs, écrite à cette occasion, célèbre l’autorité de sa voix :  » D’une voie de tonnerre, D’Alby lui parle enfin,
     Dans le fonds de la terre, le monstre entre soudain  » ;
(le monstre étant l’injustice et la prévarication).

Denis Dalbis-émigré-procès verbal de première enchère
Aliénation des biens des émigrés

Déjà considéré à Thil comme le seigneur du lieu, il désira en acquérir les droits légaux, d’un faible rapport, mais permettant d’avoir  » les honneurs « , selon le terme de l’époque. Cette vente se fit pour la somme de 74 000 livres consistant les dits fonds, droits et devoirs en tous droits de haute, moyenne et basse justice, cours, lods et ventes, champart, forge, fouage, fournage, amendes, et profits de justice, nomination de conseils, chasse, pêche, garenne, droit de colombier à pied, et enfin, un four banal au bourg de Thil, maison et bâtiment en dépendant « .
Jusqu’à la révolution, il semble qu’aucun conflit ne vint opposer le seigneur au paisibles thilois ? en 1788 toutefois, un litige survint dont l’origine état une bâtisse construite  » sur le château  » par le comte d’Albis à usage de maison commune que les thilois refusèrent d’accepter. L’affaire se termina en 1791 par l’incendie volontaire du bâtiment incriminé, comme nous l’avons raconté par ailleurs. Le climat en France se dégradant d’Albis émigra en 1792, d’abord en Espagne, puis à Coblenz avec l’armée de Condé. De ces années, nous ne savons rien ; on peut penser qu’il reçut quelques soutiens de son épouse, qui n’émigra pas et pris la précaution de divorcer pour sauvegarder ses biens propres. Les propriétés de Thil furent vendues comme biens nationaux, le 5 fructidor an II (22 septembre 1793) à Beaumont de Lomagne. Ce n’est qu’en 1801, après neuf ans d’exil, qu’il put rentrer en France grâce à l’amnistie offerte aux émigrés par Bonaparte. Il revint habiter sa maison de Thil, ce qui laisse supposer que la vente de 1793 fut faite au profit d’une personne amie qui la lui restitua. C’est là qu’il mourut en 1804, âgé de 74 ans.
Son fils Jean Joseph fut chef d’escadron de cuirassiers dans la Garde Royale. Il vendit en accord avec son frère et sa sœur, la vieille maison de Laffont en 1830 pour s’établir dans une belle construction neuve au lieu-dit  » Le Mouillas  » financée par  » le milliard des émigrés  » indemnité accordée par Charles X aux nobles dépouillés par la révolution. Ce château, dit  » de Belbéze  » est resté aux mains de ses descendants jusqu’aux alentours de 1960. Les vieux thilois se souviennent encore de Paul David dit  » Paulo  » dont la grand-mère, Mme Willemain, était née d’Albis, dernier maillon d’une lignée qui perdura à Thil pendant près de trois siècles.
Michel Comby

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